#tribune : "La raison n’a jamais tort" par Olivier Bischoff - Dentsu Consulting
19 May 2020

L’émoi et les réactions divergentes provoqués par la décision gouvernementale de mettre un terme à la saison a remué comme jamais le landernau du football professionnel et renforcé les divisions déjà observées. Un choix difficile opéré par le chef de l’état et le premier ministre, que le grand Corneille s’il avait été un auteur contemporain, aurait probablement mis en scène dans l’une de ses œuvres.

Entre l’appel du devoir dicté par la situation sanitaire, les conséquences économiques potentiellement lourdes pour la filière du football professionnel et la passion des Français à l’égard du sport le plus populaire dans l’Hexagone, il fallait trancher : les responsables politiques ont opté pour la solution que nos concitoyens considèrent comme la plus sage, si l’on en juge par la lecture des derniers sondages (plus de 70% d’approbation chez les Français en moyenne).

Et pourtant, cette décision n’a pas manqué de faire réagir les dirigeants du football professionnel. Certains s’estimant lésés sportivement ont engagé des procédures. D’autres semblent en avoir plus complaisamment accepté le principe d’autant qu’elle ne desservait pas leurs intérêts. Tous devront en revanche subir financièrement les affres de la crise que nous traversons.  Les pertes enregistrées par le football professionnel devraient se situer autour de 400 à 450 millions d’euros, ce qui, nous en conviendrons, est abyssal. Le prêt garanti par l’Etat de 224,5 millions d’euros destiné à compenser l’absence du règlement de la dernière partie des droits TV, allégera un peu les peines mais il ne suffira pas à faire taire les angoisses du lendemain. Le foot français va probablement connaître une situation sans précédent. Il aura besoin de se souder et d’éviter les mauvais réflexes sécessionnistes.

Les partisans de la reprise devront admettre que l’intérêt supérieur de la nation l’a emporté. Face à une crise aussi brutale qu’inattendue, au nombre de morts important et aux risques de résurgence à court terme, la voie d’un redémarrage en juin prochain pouvait difficilement être suivie.
Le discours des dirigeants amiénois concernant l’éthique sportive est bien sûr rationnellement audible ; Le président de l’Olympique Lyonnais n’est pas extravagant lorsqu’il évoque la possible errance dans laquelle le football professionnel pourrait se trouver plongé dans les prochains mois. Il n’est pas non plus dans la déraison quand il souligne que si certains championnats étrangers reprennent du service (c’est fait depuis ce week-end en Allemagne), la menace d’une baisse de compétitivité à l’échelle continentale pèsera sur les clubs français.

Mais un autre choix que celui opéré par le gouvernement aurait été sur le plan de la morale collective impossible à légitimer. La prise de risque n’avait pas lieu d’être.
Le football, aussi captivant soit-il, n’est pas un écosystème dont le cœur bat indépendamment du reste de la société. Dans la situation que nous vivons, l’État est comptable de nos vies. Il ne peut pas prendre ses décisions à l’aune de seuls critères passionnels ou économiques. Il doit tenir compte de ce que l’on appelle le bien commun. Il n’a pas à considérer les intérêts catégoriels mais a le devoir de faire primer l’intérêt général. Or, ce dernier lui ordonne aujourd’hui de préserver la santé des Français y compris celle des joueurs de football professionnel dont on a vu qu’elle n’était pas à l’abri du danger.
Dans tous les cas, la morale publique est un concept inaliénable qui ne peut pas être bradé au nom des intérêts particuliers. Son respect est un attendu irrévocable dans la gestion de ce type de crise.

Aujourd’hui le football français doit sans doute faire bloc face à la crise. Il sortira difficilement de l’ornière si les querelles intestines se répandent et altèrent ses capacités de réaction. La crise est d’une ampleur jamais connue et le football, comme d’autres disciplines aussi gravement touchées, aura besoin de toutes ses ressources et ses compétences pour la surmonter. Clubs, dirigeants, joueurs, acteurs économiques devront plus que jamais être unis pour imaginer des solutions de sortie de crise viables. Soyons convaincus qu’ils y parviendront s’ils restent solidaires.

Quant à nous, passionnés de sport et amoureux du ballon rond en particulier, nous formons naturellement le vœu de revoir très vite nos joueurs préférés fouler les pelouses de ligue 1 et de ligue 2. Nous sommes unanimes à vouloir vibrer au rythme de leurs exploits et avons hâte de revivre l’intensité émotionnelle que nous offre la compétition sportive. Mais cette attente ne doit pas laisser la passion surpasser ce qui doit être.
« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » disait l’aphorisme Pascalien en référence à la croyance divine. Ce qui est valable pour accéder aux vérités religieuses ne l’est pas nécessairement pour le football. Dans ce domaine la raison doit prévaloir en toute circonstance. Elle n’a jamais tort !

Olivier Bischoff - Dentsu Consulting

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