#tribune : "Tant mieux si ça vous dérange !" par Benoît Régent - Dentsu Consulting
08 October 2019

On ne le dira jamais assez : la veille est devenue incontournable pour tout dirigeant soucieux de la pérennité de son entreprise. Pas uniquement écouter ce qui se passe dans son secteur d’activité ! Pas uniquement suivre l’activité de ses concurrents ! Mais bien identifier, analyser et comprendre les enjeux de tout son écosystème qui peut s’étendre à des métiers connexes à tous les pans de la relation qu’il essaie de construire avec ses publics. Dans ce monde chaotique impacté par la digitalisation de tout, il est bien rare que la lecture régulière de la veille soit un exercice agréable pour un dirigeant. La concurrence n’a jamais été aussi nombreuse et active, les start-up sorties de nulle part viennent marcher sur ce qu’il pensait être « ses » plates-bandes, l’hyper accélération de l’information impose de nouvelles règles de transparence, le réchauffement climatique requiert des engagements crédibles et immédiats, de nouvelles opportunités technologiques entrainent une nécessaire surenchère en innovation ou R&D… Je continue ou voulez-vous qu’on ajoute des engagements éthiques et responsables pour être fier de ses engagements sociaux ? Qui osera dire, par exemple, qu’il considère que l’emploi de personnes en situation de handicap dans son entreprise n‘est pas une obligation, mais peut-être une chance pour son organisation ? Qui osera dire que le sujet du handicap dans l’emploi n’est pas un sujet qui « dérange » ? Je pense que vous voyez bien la liste des sujets qu’il convient habituellement de procrastiner ou « planquer sous le tapis ».

Et bien je me plais à penser que tous ces sujets qui « dérangent » sont potentiellement une chance pour l’entreprise si on veut bien les considérer comme tels ! Revenons quelques instants sur l’étymologie du mot ; qu’est-ce que « déranger » ? Ce qui importune certes…. Mais cela veut dire également « sortie du rang », « déplacer de son emplacement assigné », « obliger (quelqu'un) à se déplacer », « détourner quelqu’un de sa tâche ». La connotation négative du terme provient sans aucun doute du fait qu’elle oblige à sortir de sa zone de confort. Tout était bien rangé, paisible, tranquille, et tout d’un coup, on m’impose un élément perturbateur, qui casse la logique d’organisation qui fonctionnait très bien dans la logique du dirigeant. On peut ainsi y voir le double sens du mot « organisation » en tant qu’entreprise : dans l’esprit collectif, un business doit forcément être « bien rangé », « bien organisé ». Par exemple, pourquoi faudrait-il changer le système actuel des retraites ? Cela fait des années que tout était organisé ; pourquoi le gouvernement propose-t-il des réformes qui dérangent tout le monde ?

Je voudrais donc vous proposer une nouvelle signification au mot « dé-ranger ». Considérons qu’il s’agit de « ranger autrement », oser critiquer le « rangement » ou l’organisation actuelle avec un œil critique pour se demander si on ne ferait pas mieux d’organiser les choses autrement vu l’évolution de l’environnement.  Certains penseront au livre de l'entrepreneuse Nancy Lublin « Zilch : The Power of Zero », qui explique qu’avoir du cash rend l’entrepreneur fainéant. Comment par exemple, obtenir le meilleur de vos collaborateurs si l’argent n’était pas/plus leur motivation principale ? En considérant qu’il faut régulièrement réinventer son business, repartir de zéro, on travaille naturellement à la pérennité de son organisation… et je parle de tous les aspects de l’organisation : pas uniquement innover sur son produit, mais organiser autrement ses process, son expérience client, son business model, la raison d’être de sa marque, la manière dont les talents collaborent… Reprenons l’exemple des personnes en situation de handicap dans l’entreprise ; plusieurs études* démontrent que la discussion autour des process inclusifs dans un groupe pour s’adapter aux besoins spécifiques de chacun, améliore significativement la collaboration et les attitudes positives. Et pour autant, de nombreuses organisations pointent le déficit de collaboration comme l’un des plus grands maux des entreprises actuelles ! D’une manière générale, je ne connais pas une entreprise qui n’a pas envie de « sortir du rang », de surprendre agréablement ses clients là où on ne l’attendait pas forcément.

Face à ces constats simples, une ligne de conduite intéressante pour les dirigeants peut se dessiner : rechercher tous les sujets qui dérangent et oser les soumettre à la discussion dans l’organisation ; sans tabou ! En étant un peu provocateur, on pourrait penser que plus un sujet dérange, plus il recèle potentiellement un pouvoir de transformation positive pour l’entreprise. Transformons la connotation négative du mot « déranger » en opportunité de changement positif. Pourquoi même ne pas en faire une ligne de conduite dans les réunions de direction ? En « institutionnalisant » le sujet, on le dédramatise, et en osant affronter collectivement les sujets dérangeants et les non-dits, l’organisation adopte un comportement naturellement adapté au chaos ambiant pour avancer vers le futur. Ça vous dit de tenter l’expérience pour votre prochaine réunion d’équipe ? Et si, pour x raison, cette recommandation de transformation pour vos agendas de réunion vous dérange, et bien tant mieux !

Benoît Régent - Dentsu Consulting

* par exemple The Peer-Peer Program : A Model Project for the Integration of Severely Physically Handicapped Youngsters with Nondisabled Peers.

 

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